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Rendre le vote obligatoire ?

À chaque élection marquée par une abstention record, la même proposition refait surface : rendre le vote obligatoire. Elle a l’avantage de la simplicité. Le banc d’essai consiste à vérifier ce qu’elle produirait réellement.

Ce qui existe ailleurs

Plusieurs démocraties pratiquent le vote obligatoire. La Belgique l’a instauré en 1893, l’Australie en 1924 pour les élections fédérales, et le Luxembourg l’applique aussi. Les sanctions y restent le plus souvent modestes, une amende, et sont inégalement appliquées. La participation y est pourtant nettement plus élevée qu’en France.

Ce qui existe déjà en France

Le vote obligatoire n’est pas tout à fait inconnu chez nous : les grands électeurs qui élisent les sénateurs sont tenus de voter, sous peine d’amende, sauf motif légitime. Pour les autres élections, le vote est un droit et un devoir civique, mais il n’est assorti d’aucune sanction.

Ce que la mesure apporterait

  • une participation mécaniquement plus forte, donc des élus mieux légitimés ;
  • un corps électoral plus représentatif, car l’abstention touche surtout les jeunes et les catégories populaires ;
  • des campagnes obligées de s’adresser à tous, et pas seulement aux électeurs les plus mobilisés.

Ce qu’elle poserait comme questions

  • la liberté : faut-il contraindre à voter des citoyens qui refusent l’offre politique ? La reconnaissance du vote blanc comme suffrage exprimé deviendrait presque indispensable ;
  • le symptôme et la cause : forcer à voter ne rend pas le scrutin plus attractif. L’abstention est souvent un message, et l’obligation risque de le faire taire sans y répondre ;
  • l’application : une amende que personne ne recouvre affaiblirait l’autorité de la loi.

Verdict provisoire

Le vote obligatoire augmente la participation : l’expérience étrangère le montre. Il ne règle pas la défiance qui la fait baisser. Sans reconnaissance du vote blanc ni réflexion sur l’offre politique, il traiterait le thermomètre plutôt que la fièvre.

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