
Au soir de chaque élection, on commente le taux d’abstention comme un verdict politique. On oublie qu’une partie des abstentionnistes n’a pas vraiment choisi de s’abstenir : ce sont les mal-inscrits, ces électeurs inscrits dans une commune où ils n’habitent plus.
Les études de l’Insee montrent que les mal-inscrits se comptent en millions. Ce sont souvent des jeunes partis étudier ou travailler loin de chez leurs parents, des locataires qui déménagent souvent, ou des personnes qui ont changé de ville sans penser à leurs listes électorales. Pour voter, ils doivent revenir dans leur ancienne commune ou établir une procuration. Beaucoup y renoncent.
À ces mal-inscrits s’ajoutent les non-inscrits, qui ne figurent sur aucune liste.
L’abstention des mal-inscrits ne dit rien de leur rapport à la politique : elle reflète surtout une contrainte matérielle. Elle fausse pourtant notre lecture des résultats, en particulier sur la participation des jeunes et des classes populaires, qui déménagent plus souvent.
Le répertoire électoral unique, en place depuis 2019, permet désormais de s’inscrire jusqu’à quelques semaines avant le scrutin. C’est un progrès, mais il repose toujours sur la démarche de l’électeur.
Avant de déplorer la désaffection des citoyens, il faudrait s’assurer qu’ils peuvent voter là où ils vivent. C’est une condition élémentaire de la démocratie, et un angle mort persistant de nos débats.