loader image

Entretien avec Tocqueville : « Le danger de la démocratie, c’est l’indifférence »

Les Audiences de l’Institut La Raison donnent la parole à des figures qui ont façonné notre manière de penser l’État. Les réponses s’appuient sur ce que l’on sait de la vie et de l’œuvre de notre invité.

Alexis de Tocqueville (1805-1859) publie les deux volumes de De la démocratie en Amérique en 1835 et 1840, après un voyage aux États-Unis en 1831-1832. Député puis brièvement ministre des Affaires étrangères en 1849, il est aussi l’auteur de L’Ancien Régime et la Révolution (1856).

Sa crainte d’une démocratie qui s’éteint par indifférence plutôt que par la force éclaire directement les questions que l’Institut se pose sur l’abstention et la vie associative.

Transcription

Le voyage en Amérique

00:00

En 1831, vous partez pour les États-Unis, officiellement pour étudier leurs prisons. Qu’alliez-vous vraiment y chercher ?

L’avenir de la France. J’étais convaincu que l’égalité des conditions avançait partout, de façon irrésistible. L’Amérique était le pays où elle était allée le plus loin : il fallait y voir ce qui nous attendait, pour en tirer le meilleur et en éviter le pire.

Les associations, école de la liberté

04:30

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé là-bas ?

La manie qu’ont les Américains de s’associer pour tout : construire une école, une route, une église, défendre une cause. Dans une société où chacun est l’égal de l’autre, l’individu seul est faible. En s’associant, les citoyens apprennent à gouverner leurs propres affaires, et c’est là qu’ils apprennent la liberté.

Le despotisme doux

10:15

Vous mettez en garde contre une forme nouvelle de despotisme. Laquelle ?

Un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge d’assurer les jouissances de chacun et de veiller sur son sort, mais qui ne les tyrannise pas : il les dispense de penser. Des citoyens repliés sur leur vie privée, qui ne s’occupent plus des affaires communes, n’ont pas besoin d’être opprimés pour perdre leur liberté. Il suffit qu’ils cessent de s’en servir.

Siège à Paris

© 2026 Institut la Raison