
En 1665, Venise détient presque le monopole des miroirs de luxe. La même année, Colbert fonde la Manufacture royale de glaces de miroirs, attire en France des artisans vénitiens, et la future Saint-Gobain voit le jour. Quelques décennies plus tard, la galerie des Glaces de Versailles est garnie de miroirs fabriqués en France.
Pour Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV à partir de 1665, la puissance d’un État se mesure à sa richesse, et cette richesse se perd quand on achète à l’étranger ce que l’on pourrait produire soi-même. Il en tire une politique cohérente :
Le colbertisme a ses revers. Les règlements très détaillés finissent par freiner l’innovation, et les tarifs de 1667 contribuent aux tensions avec les Provinces-Unies, qui mèneront à la guerre de Hollande. L’État qui protège peut aussi étouffer.
Le mot « colbertisme » a longtemps été un reproche. Il revient aujourd’hui dans le débat sous d’autres noms : souveraineté industrielle, relocalisation, autonomie stratégique. Les questions restent celles de Colbert : quels secteurs l’État doit-il soutenir, avec quels instruments, et comment éviter que la protection ne devienne une rente ?